

Pompier basé à Vancouver, Michael Paine n’avait que 27 ans quand une douleur légère mais persistante l’a poussé à consulter. C’est ainsi qu’un cancer des testicules lui a été diagnostiqué en 2013. Aujourd’hui, Michael met son expérience à profit pour briser les tabous autour de la santé masculine en partageant son histoire, en encourageant les hommes à se faire dépister régulièrement et en collectant des fonds pour Movember.
Pouvez-vous nous ramener en juin 2013? Qu’est-ce qui se passait dans votre vie quand vous avez remarqué pour la première fois qu’il y avait quelque chose de différent?
À l’époque, vers juillet 2013, je rêvais d’une carrière de pompier et j’étais en couple depuis environ 10 mois avec Jenelle, ma petite amie (qui est aujourd’hui mon épouse). Je travaillais comme pompier à temps partiel pour la municipalité de Langley depuis environ trois ans et demi et j’occupais un poste à temps plein dans une entreprise de matériel pour pompiers appelée Rocky Mountain Phoenix. Pendant mes temps libres, je jouais au rugby dans un club local.
Le jour où j’ai remarqué que quelque chose ne tournait pas rond, j’étais en vacances à Maui avec Jenelle. J’ai senti une douleur provenant de mon testicule gauche. Ce n’était rien de vraiment insupportable, mais la douleur était parfois très vive. Évidemment, j’ai fait ce que n’importe qui possédant un téléphone intelligent aurait fait dans cette situation : j’ai cherché des informations sur Google, ce qui m’a mis sur la piste d’une infection. Je me suis dit que des antibiotiques suffiraient à régler le problème.
À mon retour, j’ai pris rendez-vous chez mon médecin. Il m’a prescrit des antibiotiques et m’a demandé de passer une échographie, parce qu’il voulait s’assurer que je ne lui faisais pas « un coup à la Lance Armstrong ».
Je ne lui en serai jamais assez reconnaissant. Le lendemain, il m’a fait revenir à son cabinet et il m’a annoncé que j’avais un cancer des testicules.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au moment où vous avez reçu votre diagnostic?
C’était une vraie claque au visage; en fait, rien ne vous prépare vraiment à réagir face à une nouvelle qui bouleverse à ce point votre vie. Je me rappelle que j’ai pleuré tout seul dans le bureau, pendant que mon médecin mettait mes dossiers en ordre. Ça m’a un peu aidé à me ressaisir.
Qu’est-ce qui vous a aidé à rester positif pendant cette épreuve?
J’ai eu beaucoup de chance, à travers tout ça, parce que ma famille a une vision très positive de la vie. Quand je leur ai annoncé la nouvelle, on s’est surtout demandé « ok comment on va faire face à ce défi » plutôt que de sombrer dans le pessimisme. Même si je n’ai pas sauté aux conclusions trop vite, c’était dur de vivre dans l’incertitude pendant les deux premières semaines qui ont suivi l’opération.
En quoi cette expérience a-t-elle changé votre façon d’aborder votre santé et la vie en général?
Honnêtement, ça a complètement changé la façon dont je vois mon travail et ce que je dois faire pour rester en bonne santé, aussi bien mentalement que physiquement. J’ai eu quelques discussions avec d’autres survivants au sujet des séquelles psychologiques qui peuvent accompagner ce genre de diagnostic; c’est un sujet dont on ne parle pas forcément souvent, mais qui est bien réel. Je pense que tout ce processus m’a permis de me sentir plus à l’aise pour parler de santé et de bien-être en général. Ça m’aide quand le mois de novembre arrive.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de commencer à partager votre histoire avec les autres?
J’ai réalisé que personne ne parlait de ça! Du moins, pas aux gens de mon âge (j’avais 27 ans au moment du diagnostic). Ça ne faisait pas partie de mes préoccupations, et c’était la même chose pour mes amis et ma famille.
Au moment de mon diagnostic, je ne savais pas que le cancer des testicules était le cancer le plus fréquent chez les hommes dans ma tranche d’âge. Une fois le choc passé, j’ai réalisé que mon histoire pouvait attirer l’attention des gens et les inciter à en parler entre eux.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui vient de recevoir ce diagnostic et qui se sent dépassé?
Il y a des personnes à qui parler. Des personnes qui sont passées par là aussi. Elles ne sont pas seules. Il ne faut pas avoir honte ni se sentir gêné. C’est arrivé, et maintenant, il s’agit de voir comment vous voulez vous y attaquer.
Qu’aimeriez-vous que davantage de gens comprennent au sujet du cancer des testicules?
Je pense que ce que j’aimerais surtout que les gens sachent, c’est qu’un simple examen permet de détecter très tôt une zone potentiellement cancéreuse. En général, détecter un cancer des testicules à un stade précoce permet de réduire les traitements nécessaires.
C’est ce qui m’est arrivé en fin de compte, et je suis extrêmement reconnaissant d’avoir entrepris les démarches qu’il fallait.
À votre avis, pourquoi tant de jeunes hommes hésitent-ils encore à parler de leur santé?
Quand on est jeune, c’est très compliqué de se montrer vulnérable. Comme société, on a fait des progrès en matière d’ouverture d’esprit, mais les jeunes hommes ressentent toujours une énorme pression pour paraître forts en toutes circonstances. Admettre qu’on a un problème, c’est un peu comme admettre une défaite, en quelque sorte.
Comment en êtes-vous venu à vous impliquer auprès de Movember?
C’est en 2009, pendant un voyage en sac à dos en Nouvelle-Zélande, que j’ai découvert Movember. À l’époque, je voyageais avec un groupe de Kiwis qui m’ont expliqué le but de cette initiative et comment l’organisation s’y prenait pour attirer l’attention du public. À 23 ans, je cherchais une bonne raison de me laisser pousser la moustache, alors j’ai trouvé que c’était une idée géniale. J’étais loin de me douter à quel point cette décision allait influencer la trajectoire de ma vie.
Qu’est-ce qui vous motive à continuer de soutenir Movember plusieurs années après votre diagnostic?
Je crois sincèrement que la mission de Movember, qui continue d’évoluer au fil des années, a un impact concret ici même, au Canada, mais aussi à l’échelle internationale. Comme je l’ai mentionné plus tôt, mon métier de pompier m’a permis de voir de mes propres yeux les effets de toutes sortes de cancers sur les hommes. Il faut dire que nous, les pompiers, sommes plus touchés par certains types de cancers professionnels et que le taux de mortalité est plus élevé au sein de notre profession. Il faut que davantage de voix s’élèvent à ce sujet dans notre secteur, et Movember m’a permis de faire entendre la mienne.
Avez-vous des souvenirs particulièrement marquants liés à vos initiatives de collecte de fonds ou de sensibilisation?
Je suis très fier d’avoir été intronisé au Temple de la renommée canadien de Movember... d’autant plus que je ne savais même pas que ça existait avant!
Mais pour être tout à fait honnête, chaque année, je me dis que c’est l’année où tout le monde va finir par en avoir ras-le-bol d’être bombardé par mes citations motivantes ou mes photos idiotes. Et pourtant, chaque année, j’ai l’impression qu’on me donne de plus en plus de force pour continuer. Pour moi, c’est vraiment la preuve que je fais quelque chose qui a du sens.
Le cancer des testicules est le cancer le plus fréquent chez les jeunes hommes. Découvrez ce qui est normal et ce qui ne l’est pas.